Vers une perte de leadership de l’Arabie Saoudite au Moyen Orient ?

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Conférence ANAJ-IHEDN

Comité Moyen Orient, le 16 février 2016

David Rigoulet-Roze, Sebastien Wesser

 

Rupture diplomatique avec l’Iran, guerre ouverte avec le Yemen, financement de groupes… Quelle actualité ?

Arabie Saoudite :

  • Pilier religieux -> légitimité religieuse induite par la garde des lieux saints.
  • Pilier économique (industrie pétrolière) -> remis en question (prix du baril, critiques de lapart des membres de l’OPEP).
  • Pilier théologique contesté (gestion calamiteuse du pèlerinage en 2015 – contestationchiite).Théologico-politique : Association des familles Souad – Ibn Abd el Wahab. Orthodoxes et très littéralistes. Ils se considèrent comme les véritables musulmans. Volonté de réimposer un islam sunnite.
    1987 : émeute lors du pèlerinage (fomenté par un certain nombre de pèlerins iraniens) répression violente : mise en cause de la légitimité.

    Relation Etats-Unis – Arabie Saoudite :
    L’alliance date de 1945 et était basée sur des liens militaro-économiques (Monopole du pétrole saoudien en échange de la sécurité américaine). Elle a duré près de 60 ans alors qu’ils n’ont ni valeur commune ni d’intérêt commun.

    RUPTURE : Nature et profondeur de cette alliance parasitée notamment par les attentats du 11/09 (15 des 19 terroristes étaient saoudiens). C’est le début de l’ère du « saoudi bashing » alimenté par un rapport de la commission du renseignement du Congrès portant sur les soutiens étrangers au terrorisme. 28 pages dudit rapport sont classées secret défense et elles accréditeraient la thèse d’une aide de hautes personnalités saoudiennes sur le sol américain. (Financement des organisations islamistes, promotion de l’obédience wahhabite (Dawa) en fort lien avec la puissance pétrolière).

    OBAMA : Tournant dans la relation des USA avec Riyad. L’attitude des USA en 2011 vis-à- vis du président égyptien, Moubarak, a été perçue comme un abandon et une trahison.

IRAN : La crainte d’un retour de l’Iran : L’Iran est une puissance perse chiite, c’est son principal rival économique et confessionnel. On note une volonté américaine de donner de plus en plus de place aux pays chiites. Le KSA n’a pas accepté l’attitude des USA dans le cadre des accords sur le nucléaire iranien. Le KSA est convaincu que malgré les accords sur le nucléaire, l’Iran va réussir à obtenir la bombe. Or, si tel est le cas, l’Arabie l’obtiendra aussi. En 2014, elle a présenté deux missiles chinois (on peut imaginer les effets si l’on y met des têtes nucléaires pakistanaises…).

CONFLITS : Les USA sont de plus en plus inquiets de la politique guerrière du KSA à tel

point que la question de la suspension de la vente d’arme à ce dernier s’est posée et se pose au niveau du Congrès. C’est pourquoi le KSA se rapproche de plus en plus du Pakistan. Toutefois, la sécurité du pays repose toujours sur le parapluie américain, cet éloignement est à relativiser.

Stratégie pétrolière :
A l’origine, volonté de diminuer le prix du baril pour que le pétrole iranien n’arrive pas sur le marché (accord avec USA). Aujourd’hui, les US veulent que le prix du baril augmente de nouveau mais le KSA ne pli pas. Il veut concurrencer le développement du gaz de schiste aux USA où de nombreuses entreprises ont déjà fermé. Or, il est probable que les US ne restent pas de marbre sur le long terme. En outre, cette stratégie a un réel coût pour le KSA. Les finances du royaume sont en baisse, solidité du royaume, stabilité interne ?

Economie saoudienne:

  • Démographie saoudienne : population jeune 2/3 de moins de 30 ans ; population adoublé en 25 ans,
  • 90% des saoudiens sont employés dans le public, 90% du secteur privé estoccupé par des étrangers. Loi pour nationaliser les emplois mais n’a pas fonctionné(emplois fantômes).
  • Grande insécurité juridique pour les entreprises étrangères qui ne veulent s’yinstaller.
  • Industrie déficiente voire inexistante.
  • Transition économique moins préparée, le KSA a acheté énormément de terresarabes en dehors du territoire pour garantir son autosuffisance alimentaire -> stratégie très risquée au regard de l’instabilité régionale.Etat des finances du royaume :
    Première économie de la région (PIB 2x plus élevé que celui des EAU),
    Phénomène nouveau : déficit, tendance lourde et préoccupante car budget du KSA est rigide (50% est dédié aux salaires, retraites, subventions).
    Réserves en devises étrangères : En baisse, elle est passée de 732 milliards de dollars à la fin 2014 à 683 milliards à la fin du mois d’avril 2015 (rapport de Jadwa).

25% du budget équipement militaire et défense.
Diplomatie du chéquier : KSA déverse des milliards pour soutenir la diplomatie de nombreux pays. Coût des subventions de l’époque des révolutions arabes.
Riyad s’est souvent appuyé sur deux leviers : Contrats militaires (2004-2007 en termes d’accords de ventes. KSA était le deuxième pays au monde dans les pays émergents. 2008-2011: premier pays promesses de vente aux pays émergents) et offensive de charme (Secrétaire d’état au commerce de Riyad : Projets d’infrastructures).

Perte du leadership : Politique économique ambiguë, stratégie régionale dangereuse,

relations avec les US déclinantes.

Solutions : Revenir à une production pétrolière raisonnable. Initier des réformes économiques. Revenir sur une diplomatie aujourd’hui trop clivante. Former la jeunesse à l’économie post-pétrolière. Redéfinir une politique régionale, dans un moyen orient qui sera probablement à court terme Nucléarisé.

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